Vendredi 17 juin 2005

Il faut que j’en parle pour laisser une trace, au cas où cela se réaliserait.

En parler aussi avant qu’il ne soit trop tard. Si tant est qu’il puisse y avoir un trop tard.

Ça a commencé au début de cette année.

Par moment, j’ai eu l’impression d’avoir déjà vu l’instant que je vivais. Comme en rêve. Vous savez, comme quand l’action se fige pendant un fraction de seconde et que tout ce qui est lié à cet instant, le lieu, ce qu’on regarde, l’ambiance, son propre état d’esprit, ne nous était pas inconnu. Comme si on le reconnaissait parce qu’on l’avait déjà vu auparavant. Dans un rêve.

Il existe une explication très rationnelle à ce phénomène, et qui sûrement est vraie. cela se produit dans des périodes d’extrêmes fatigue. Cette fatigue entraîne un décalage entre le moment où nos sens nous envoie des informations au cerveau et le moment où le cerveau reçoit ces informations. Un décalage infime. D’une fraction de seconde. Qui donne cette impression de familier. Comme si on se rappelait soudain avoir déjà vu cet instant lors d’une nuit où des flashs de notre vie entière se seraient succédés. Une nuit, une seule, où l’intégralité de notre vie nous aurait été dévoilée. La nuit prémonitoire. La nuit dont seul notre inconscient se souviendrait et à partir de laquelle seraient influencés nos choix, nos décisions, nos intuitions. Comme si quelque chose en nous portait la conviction que c’est bien dans cette voie qu’il faut persévérer. Parce que c’est dans cette voie-là que cela va se passer.

Généralement, quand ces décalages dû au sommeil se produisent, ils durent le temps d’un instant. Un instant qui nous surprend, nous choque et nous déstabilise. Mais un instant qui passe.

Alors que depuis le début de l’année, quand ces phénomènes de déjà-vu arrivent, ils avaient des allures qui me donnaient l’impression que ce n’était pas seulement un retardement biologique.

Avec cette impression de déjà-vu, une atmosphère s’installait. Les réminiscences du rêve se prolongeaient plus que de droit. L’ambiance devenait chargée d’éléments nouveaux, d’informations absentes de l’instant présent. En plus du souvenir instantané de l’avoir déjà vécu en rêve, s’ajoute un sens implicite qui sous-tend ces images lorsqu’elles ont été vues dans ce rêve. Comme si des indices sur le futur m’étaient ainsi donnés.

Une fois, en octobre dernier, quand est arrivé ce phénomène, j’ai ressenti cette impression d’être au bon endroit, sur le bon chemin.

Une autre fois, vers février je crois, j’ai ressenti très fort la certitude d’un drame à venir. Comme si je l’avais toujours su.

Une autre fois encore, avec la réminiscence du rêve était lié une date, juin. Comme quoi ce qui s’annonçait de dramatique et qui devait être au moins une mort, devait arriver en juin.

Et la dernière, enfin, cette nouvelle information, comme une phrase, que quelqu’un devait mourir pour que quelqu’un d’autre puisse naître, ou plutôt, il me semble, que pour que l’autre puisse naître, il fallait que celui-ci meurt.

Et le mois de juin est commencé. Je voulais donc le raconter, par jeu. Dans le doute. Pour ne pas exclure que ces prémonitions puissent se réaliser et dire aux gens : Je le savais. Ou peut-être au-je l’air déjà ridicule devant un hypothétique lecteur juillettiste qui connaît la réponse. Q’importe. Nous ne sommes pas maître de grand chose.

Même si cette idée n’est que pure extrapolation, je lui trouve des airs mystique, poétiques et même métaphoriques qui sont loin de me déplaire.

Par Terayama - Publié dans : poupées
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