Mardi 5 avril 2005
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Ce qui ménerve avec la mort, cest quelle est suivi dune naissance. Peut-être même que cest la naissance qui entraîne la mort. A chaque fois que quelque chose naît, quelque chose meurt.
Par exemple les minutes. Dès quune minute naît, une autre est tuée. Rejetée. Niée. Quadvient-il alors de ce sentiment de plaisir que jai éprouvé durant cette minute ? Sil est assez fort, peut-être survivra-t-il encore cinq ou six minutes. Cest un combat qui sengage entre le plaisir et les minutes. Lémotion et le temps. Lamour et léternité. Lamour sera-t-il à la hauteur ?
Ce qui me plaît avec la mort, cest quelle est suivi dune naissance. Tout se transforme et prend de nouvelles allures. Tout est reconceptualisé. Ce quil y a de défauts et de ratés disparaît après sêtre autodétruit. La flamme qui le consume allume une autre mèche qui repart fraîche, forte et folle, fouler de sa fantaisie les fanfarons terrestres.
Par exemple, les jours. Les jours qui sassemblent forment un essai, une expérience scientifique, dont le principal sujet est soi. Une perpétuel et inlassable quête de soi-même. On teste. On va jusquau bout de ses doutes. On se cherche à travers les allures quon se donne, mais la remise en question est réelle. La douleur nous a convainque. Elle sinstalle. Elle prend son temps. Un combat sengage où il nous il faut aller plus vite quelle. Réduire de chaque seconde son pouvoir et franchir toutes les étapes de lexploration, la compréhension et la déracination de cette douleur. Epuisé, soulagé, apaisé, on sendort et meurt.
Au réveil, étonné de renaître, on remercie les jours de continuer à se suivre les uns après les autres, nous offrant gracieusement de pouvoir à nouveau vivre, voir, entendre, et essayer.
Par Armand Terayama
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Lundi 4 avril 2005
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Le concret na plus demprise sur moi. Je me sens bien, mais loin de la réalité. Les phrases, dîtes par des pantins, résonnent sans avoir de sens. Lheure ne veut plus rien dire. Le nom du jour est un faux ami qui nous cloître. Je ne veux plus lentendre ni savoir où il en est. Quimporte le début ou la fin dun cycle désigné par lentrée à cour du roi et sa sortie à jardin. Je décide moi-même du moment, de latmosphère qui lui est propre. Je remplace Dieu. Dans mon monde, je contrôle. Tous les pouvoirs sont possibles. Et jai raison parce que je suis là. Les seules périodes où je peux vivre heureux et aimer la vie sont les périodes entre-parenthèse où je me réconcilie avec moi-même et avec lhumanité. Quand arrive cet état de réconciliation, quoi que je fasse, toutes les décisions sont bonnes. Tous les fantasmes sont sains et purs. Epanouissants. Epanouissants comme le rire cristallin dune fille à qui on chatouille le nombril de la langue. Son ventre blanc, qui reste à jamais mon oreiller préféré, est le seul endroit au monde où toutes les peines sapaisent et sinversent. Elle est le violoncelle et de son centre partent les musiques. Si on sait comment le caresser, les plus belles mélodies damour sortiront. Il faudra coller son oreille tout contre pour lentendre très fort et le garder pour soi. Le droit dentrée nest pas très cher. Juste un peu dhumour, de sincérité. Faire naître une envie dêtre suivi parce quayant des choses à faire entendre. Rien qui ne puisse pas sacquérir somme toute. Avec de laffection, du rêve, un peu de lucidité mais pas trop. Lexcès de lucidité nuit au bonheur. Une touche de piano pour lharmonisation et nous sommes prêts pour le duo. Au final peut-être la symphonie dune vie entière. Pour qui a loreille musicale, il est possible de reconnaître sa destinée.
Celle.
Une respiration entre deux écritures. Le silence. Et puis juste un souffle. Cest peut-être cela la vie.
.......
Par Armand Terayama
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Dimanche 3 avril 2005
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Aimer cette vile de Paris, cest comme aimer quelquun. On aime ses qualités autant quon aime ses défauts. De cette personne, on aime son nez tordu, son sein gauche trop petit ainsi que sa nunucherie naïve. On les aime autant que son odeur, son humour et sa tendresse. Tout cela on laime uniquement parce que ça vient delle.
Quand je marche dans les couloirs souterrains en baissant la tête, je vois des taches. Immuables, éternelles. Des taches qui font partie intégrale du sol. Laides. Pas invitées. Hargneuses. Provoquant le maniaque de la propreté avec cynisme. Ce pauvre maniaque qui en passant dessus et voyant cette tribu de taches, doit avoir un haut de cur et se sentir très impuissant. Car même sil revenait la nuit avec ses détergeants les plus efficaces, et ses muscles pour frotter, caché des autres voyageurs qui riraient à coup sûr de sa folie obsessionnelle, même sil revenait la nuit, il ne pourrait pas les enlever, ces taches, parce quelles sont éternelles. Elles appartiennent au patrimoine. Il le sait. Il le voit. Et il reste terriblement contrarié quand lescalator lemporte. Cela se voit à son regard fixe et à la légère plissure au bout de son sourcil gauche. Si bien que la personne de lescalator den face qui le croise et le toise, continue son chemin en pensant que les gens sont vraiment pas sympathique dans le métro. Quils subissent le train-train et sy perdent, sy aliènent. Que leur vie est nulle, triste et répétitive. Tout ça à cause dune tache. Et tandis que les escalators emportent au loin les frustrés et les aigris, la tache se marre encore, de son rire narquois et sale.
Aimer Paris, aimer son amie, cest comme aimer la vie. La vie a ses défauts dont il faut se faire des proches. Il faut les côtoyer , les fréquenter, les connaître pour les aimer et sen faire aimer.
La solitude, par exemple. Elle vous rendra visite un jour ou lautre avec son grand manteau qui vous enveloppe et vous entoure, vous recouvre. Des fois derrière vous, vous la transportez et elle vous soutient. Qui que vous regardiez. Des fois devant. Palpable. Révélée. Des fois à lintérieur, là où loge votre âme. Elle vous vole ce que vous êtes et vous prive de vous-mêmes. Des fois reposante. Comme de mous coussins. On se plaît à sy étendre tout en sachant quon risque, à force de griserie, dêtre recouvert.
Telle est notre sur la solitude, petite fille de la douleur et neveu du manque. Manque que je ressens vibrer à fleur de peau. Il me tue à petit feu. Ecrase ma confiance, ternie mes rêves et nivelle lespoir. Mais si je laccepte, il fait corps avec eux et les complète. Leur laisse la place. La vie devient vivable, aimable et peut-être charmante. Elle aguiche à nouveau ma curiosité. Jai à nouveau envie de la séduire. Je laccepte et laime dans sa globalité. A-t-on le choix daimer la vie ? Si quelque chose nous limpose, ce nest pas la fatalité de sa présence, cest la douleur de son absence.
Par Armand Terayama
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Samedi 2 avril 2005
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00:00
Au réveil de cette nuit pourtant dété, le chapiteau sen trouva tout mouillé. Froid jusquaux tréteaux, abandonnés des apeurés. Plus aucun curieux pour ses beaux yeux. Une vieille rengaine, répétitive et familière, se faisait entendre encore. Celle du besoin. Une hanche. Un coin. Des cils. Une douce peau autour du nombril à lécher. De la volupté somme toute. Rien que cela. Tout cela ! Uniquement....juste...un peu de cela ? oui/non ? Du fond en fond arrivait un besoin, un appétit, une faim.
Par Armand Terayama
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Vendredi 1 avril 2005
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00:00
Ça y est, elle est passée.
Elle en a mis du temps à venir. Jétais impatient, moi. Au premier abord, ça avait lair alléchant, puis en fait non. Elle est déjà repartie avec une grimace de désagrément qui la rendait plus répulsive quautre chose. Je suis même resté assez triste pour cet énorme ventre pesant qui contrastait. On avait limpression quil nétait pas à sa place, quil navait pas dendroit à lui dans ce stigmate crispé de déplaisir. Le pauvre. Il était pourtant prometteur par ses rondeurs. Du genre qua quelque chose à dire et à faire. Au final, rien somme toute.
Quand je me force à regarder la réalité telle quelle est, ça me déprime parce que je ne vois que des nombrils. Ce que je me demande alors, cest sil est possible de trouver des choses plus intéressantes dans la réalité de ces nombrils que dans limagination quon peut en faire. Le problème est que seul Dieu connaît la réponse, et je sais quil ne nous le dira pas. La contre partie à cet état de lucidité est de savoir que le nombril den face nous restera à jamais inaccessible. Pour toujours. Enfin normalement. Parce que ça cest typiquement le genre de règle que jaime à braver : savoir que pour aucune raison, on ne parlera, ne fera confiance, ne rira, ni ne partagera rien avec le nombril den face. Alors je brise la règle. Jessaie de trouver un réponse par moi-même. Quest-ce qui ale plus de valeur ? Ce que mon imagination est train de fantasmer sur la personne den face ou ce quelle est vraiment. Je prends un prétexte et le nombril se retrouve le cul par terre en se disant : « ça, cest culotté ».
Donc, somme toute. Rien de concret pour linstant. Du bavardage de derrière les fagots pour attendre la prochaine station.
Par Armand Terayama
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