Ce qui ménerve avec la mort, cest quelle est suivi dune naissance. Peut-être même que cest la naissance qui entraîne la mort. A chaque fois que quelque chose naît, quelque chose meurt.
Par exemple les minutes. Dès quune minute naît, une autre est tuée. Rejetée. Niée. Quadvient-il alors de ce sentiment de plaisir que jai éprouvé durant cette minute ? Sil est assez fort, peut-être survivra-t-il encore cinq ou six minutes. Cest un combat qui sengage entre le plaisir et les minutes. Lémotion et le temps. Lamour et léternité. Lamour sera-t-il à la hauteur ?
Ce qui me plaît avec la mort, cest quelle est suivi dune naissance. Tout se transforme et prend de nouvelles allures. Tout est reconceptualisé. Ce quil y a de défauts et de ratés disparaît après sêtre autodétruit. La flamme qui le consume allume une autre mèche qui repart fraîche, forte et folle, fouler de sa fantaisie les fanfarons terrestres.
Par exemple, les jours. Les jours qui sassemblent forment un essai, une expérience scientifique, dont le principal sujet est soi. Une perpétuel et inlassable quête de soi-même. On teste. On va jusquau bout de ses doutes. On se cherche à travers les allures quon se donne, mais la remise en question est réelle. La douleur nous a convainque. Elle sinstalle. Elle prend son temps. Un combat sengage où il nous il faut aller plus vite quelle. Réduire de chaque seconde son pouvoir et franchir toutes les étapes de lexploration, la compréhension et la déracination de cette douleur. Epuisé, soulagé, apaisé, on sendort et meurt.
Au réveil, étonné de renaître, on remercie les jours de continuer à se suivre les uns après les autres, nous offrant gracieusement de pouvoir à nouveau vivre, voir, entendre, et essayer.
Par Armand Terayama
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Le concret na plus demprise sur moi. Je me sens bien, mais loin de la réalité. Les phrases, dîtes par des pantins, résonnent sans avoir de sens. Lheure ne veut plus rien dire. Le nom du jour est un faux ami qui nous cloître. Je ne veux plus lentendre ni savoir où il en est. Quimporte le début ou la fin dun cycle désigné par lentrée à cour du roi et sa sortie à jardin. Je décide moi-même du moment, de latmosphère qui lui est propre. Je remplace Dieu. Dans mon monde, je contrôle. Tous les pouvoirs sont possibles. Et jai raison parce que je suis là. Les seules périodes où je peux vivre heureux et aimer la vie sont les périodes entre-parenthèse où je me réconcilie avec moi-même et avec lhumanité. Quand arrive cet état de réconciliation, quoi que je fasse, toutes les décisions sont bonnes. Tous les fantasmes sont sains et purs. Epanouissants. Epanouissants comme le rire cristallin dune fille à qui on chatouille le nombril de la langue. Son ventre blanc, qui reste à jamais mon oreiller préféré, est le seul endroit au monde où toutes les peines sapaisent et sinversent. Elle est le violoncelle et de son centre partent les musiques. Si on sait comment le caresser, les plus belles mélodies damour sortiront. Il faudra coller son oreille tout contre pour lentendre très fort et le garder pour soi. Le droit dentrée nest pas très cher. Juste un peu dhumour, de sincérité. Faire naître une envie dêtre suivi parce quayant des choses à faire entendre. Rien qui ne puisse pas sacquérir somme toute. Avec de laffection, du rêve, un peu de lucidité mais pas trop. Lexcès de lucidité nuit au bonheur. Une touche de piano pour lharmonisation et nous sommes prêts pour le duo. Au final peut-être la symphonie dune vie entière. Pour qui a loreille musicale, il est possible de reconnaître sa destinée.
Celle.
Une respiration entre deux écritures. Le silence. Et puis juste un souffle. Cest peut-être cela la vie.
.......
Par Armand Terayama
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Ça y est, elle est passée.
Elle en a mis du temps à venir. Jétais impatient, moi. Au premier abord, ça avait lair alléchant, puis en fait non. Elle est déjà repartie avec une grimace de désagrément qui la rendait plus répulsive quautre chose. Je suis même resté assez triste pour cet énorme ventre pesant qui contrastait. On avait limpression quil nétait pas à sa place, quil navait pas dendroit à lui dans ce stigmate crispé de déplaisir. Le pauvre. Il était pourtant prometteur par ses rondeurs. Du genre qua quelque chose à dire et à faire. Au final, rien somme toute.
Quand je me force à regarder la réalité telle quelle est, ça me déprime parce que je ne vois que des nombrils. Ce que je me demande alors, cest sil est possible de trouver des choses plus intéressantes dans la réalité de ces nombrils que dans limagination quon peut en faire. Le problème est que seul Dieu connaît la réponse, et je sais quil ne nous le dira pas. La contre partie à cet état de lucidité est de savoir que le nombril den face nous restera à jamais inaccessible. Pour toujours. Enfin normalement. Parce que ça cest typiquement le genre de règle que jaime à braver : savoir que pour aucune raison, on ne parlera, ne fera confiance, ne rira, ni ne partagera rien avec le nombril den face. Alors je brise la règle. Jessaie de trouver un réponse par moi-même. Quest-ce qui ale plus de valeur ? Ce que mon imagination est train de fantasmer sur la personne den face ou ce quelle est vraiment. Je prends un prétexte et le nombril se retrouve le cul par terre en se disant : « ça, cest culotté ».
Donc, somme toute. Rien de concret pour linstant. Du bavardage de derrière les fagots pour attendre la prochaine station.
Par Armand Terayama
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