Ce qui se trouve devant vos yeux tend à devenir un pur chef-d’œuvre de la spontanéité. Forgé dans l’authentique à la naturaliste et bien sûr résolument moderne. Pas de chichi ni de chochottes. C’est un journal qui sentira la pollution, la crasse, le carton pourri et l’horloge parlante. Concret jusque dans ses supports les plus immédiats. Sincère jusque dans ses ratures les plus laides. Mal écrit parce qu’écrit dans le métro. Du pur style Armand Terayama, grand investigateur des instants vides que je me plais à bourrer de mes ordonnées dérèglements des sens. Jouissance ultime que je goûte, de pouvoir conquérir ces feuilles blanches de liberté et les ternir de mes noirceurs déséquilibrées. Allelouiah.

Dimanche 15 mai 2005 7 15 /05 /Mai /2005 00:00

45

Il y a un chanteur noir qui régulièrement nous livres, à Châtelet les Halles, quelques-unes des ses comptines. Les habitués doivent sûrement le connaître et l’apprécier. Il se dégage de ses chansons une grande sérénité et une sympathique bonhomie.

Ce soir, en cette période hivernale où l’exclusion se fait de plus en plus ressentir, un des types du groupe de CRS nous a fait montre de sa connerie. Le chanteur n’ayant pas la carte RATP autorisant à être là, il lui demandé de remballer et de partir. Une ulcération commune a parcouru tous les usagers alentours qui l’écoutaient. Le chanteur, tout en commençant nonchalamment à ranger, lui répond de son habituelle simplicité et de sa tranquille justesse souriante. Le flic sent qu’il doit prouver quelque chose et lui demande ses papiers. Le menace d’Alcootest. Le chanteur qui n’a rien à se reprocher lui donne sa carte d’identité. Une femme intervient et fait appel au bon sens du flic qui l’envoie chier. Un peu plus tard, le chanteur le mouche et se fait solidement applaudir par tout le monde. Il y a beaucoup de badauds attroupés quand des " renforts " arrivent et essaient de croire à leurs rôles. Mais leur connerie n’attise que plus d’antipathie. D’autres quidams interviennent et soutiennent l’opprimé. Un chef d’une autre section est là qui lui connaît bien le chanteur et connaît très bien la valeur de sa présence. Le connard d’emmerdeur par qui tout débuta le laisse, lui souhaitant bonne soirée et se faisant traité d’hypocrite par la foule. Un " Merci de votre solidarité " conclu l’affaire.

Comme quoi tout est question d’hommes, d’individus, de rapports de personne à personne. Les citoyens déchus qui peuplent le métro ont compris que l’on peut faire changer les choses à sa propre échelle.

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Samedi 14 mai 2005 6 14 /05 /Mai /2005 00:00

44

La beauté physique n’existe pas. Seul existe la beauté qui à l’instant même transparaît sur le visage. Qu’importe les traits d’un visage, seul compte ce qu’il transmet. Je sais tout de suite si je suis beau ou si je suis moche. Je suis beau si je suis proche de ce qu’il y a de beau en moi et laid quand est nourri l’aigreur et la méchanceté.

Deux conceptions viennent de s’opposer dans une discussion. Au sujet de la part d’enfant qui existe en l’homme et que l’artiste doit conserver en lui. Mon visage aigri et amer disait que ce rocher d’amour, de générosité et d’idéalisme était égratigné par la vie. Réduit en miette patiemment. Cette amie m’opposait à cela sa vision d’une pépite d’or pure et brute recouverte de boue. Rocher de boue qu’il fallait égratigner pour retrouver les rayons originels.

En exergue, cette phrase de Brel : " il nous aura fallu bien du talent pour devenir vieux sans être adulte. "

Et cette angoisse liée à une certitude : je ne me supporterais pas sans cette lueur. Je sais que la douleur de voir cette lumière éteinte sera si insupportable que je ne me reconnaîtrais pas le droit de continuer à vivre.

Et cette autre angoisse de savoir si je possède assez de volonté et de ressource pour toujours chercher. Pour avoir cette confiance et ce positivisme dont Isabelle m’a fait part un jour : " Grandir, c’est avoir les possibilités de mettre en œuvre ses rêves d’enfant. "

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Vendredi 13 mai 2005 5 13 /05 /Mai /2005 00:00

43

Tout a commencé au début du mois d’août dont j’allais passer pour la première fois l’intégralité à Paris. Mon amie, ma très bonne amie Sophie, avec qui nous aimions échanger de stylistiques correspondances, avait pour habitude de s’épancher en descriptions de paysages riches en détails lorsqu’elle me faisait part de ses voyages en Egypte ou en Turquie. C’était le genre de fille à avoir l’opportunité de faire des voyages en Egypte ou en Turquie. Sans oublier bien sûr Venise.

Avant son départ, je lui proposais de lui décrire mes vacances parisiennes de la même manière lyrique et emphasée, mais non moins charmante et ludique - je tiens ici à nuancer mes propos pour ne trop la vexer - qui était la sienne. A quoi elle répondit qu’au contraire, - c’était le genre de fille à être très décidée et sûre de ce qu’elle veut, qualité rare dans ces temps d’indécision et de remise en question - je devais lui raconter mes vacances mais de ma façon à moi. D’où est né cette boutade, ce pari joyeux qui était celui de se prendre pour un écrivain qui livrerait par épisodes les chapitres de son journal. Chapitres regroupés par quatre dans une enveloppe numérotée. Chapitres écrits partout sur n’importe quoi. Voilà qu’elles étaient les seules règles que je m'étais imposé, parce que la liberté, c’est de s’imposer soi-même ses propres lois et limites. Parti de ces pseudo-vacances à raconter, c’est très rapidement le roman qui a crée le besoin d’action, devenant presque un mode de vie. Il a servi de prétexte pour accomplir mes idées les plus fantaisistes et exprimer mes pensées les plus personnelles.

L’une de ces idées délitantes que je n’ai pas réussi à mettre en œuvre telle qu’elle avait été conçue au départ concernait l’existence d’un personnage principal autonome. Un qui n’aurait pas besoin d’auteur pour savoir vivre. Chacun de nous, il est vrai, mais mon ambition allait plus loin. Je désirais que la personne en question vive tout ce qui n’existait pas dans sa vie. Tout ce qui manquait. Qu’elle crée des situations nouvelles où les enjeux, sa personnalité et son état d’esprit seraient intentionnellement décidés préalablement. D'autres personnes déjà connues, ou rencontrées uniquement dans le cadre de ces situations, pourraient entrer en scène mais sans être au courant du but recherché. Ils seraient des serviteurs involontaires de l’" autre " vie du personnage principal. La vie du journal. Moi-même aurais un rôle, celui décidé par le personnage. Témoin passif, ami, frère, amant, ou avec du maquillage, grand-père. Mais seul un comédien ou du moins quelqu’un ayant suffisamment conscience de lui-même pourrait capable de réussir cela. Il ne s’agissait pas de mentir de jouer à faire comme si. Maria, à juste titre, n’a pas compris de quoi il s’agissait. Elle a déjà assez à vivre avec sa propre sa vie. C’est largement mieux ainsi. Elle a tout en elle.

Au bout d’une vingtaine de chapitres, constatant l’énergie et les pages dépensées, j’ai relevé mon propre défi et j’ai continué, conscient que pour conserver le même état d’esprit et la même ferveur, il ne fallait surtout pas considérer cela avec sérieux. Même si la sincérité de certaines choses écrites me pousse à rêver parfois que tout cela vaut la peine d’être lu par d’autres que ma grande Sophie, de qui tout vient et vers qui tout retournera. Je rêve d’inconnu(e)s qui transposeraient leurs propres interprétations sur mes anarchiques humeurs et désirs.

Surtout, je destine à Paloma, à qui tout s’adresse, la lecture. Je te livre mes écrits comme je te livre ma vie. Je te donne ce témoignage en réponse à ton " je n’ose pas croire que tu m’aimes ".

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Jeudi 12 mai 2005 4 12 /05 /Mai /2005 00:00

42

Rachel, amie de Marie-aline. Marie-aline, sœur de Mayllis.

Moi - Est-ce que tu crois en l’amour ?

Rachel - J’en sais rien. J’ai besoin d’une preuve, d’une expérience. Je crois pas avoir été amoureuse. Sur le coup tu te dis ouais, si c’est ça, mais en fait non.

Moi - Ton histoire la plus longue.

Rachel - Cinq mois.

Moi - Est-ce que l’amour peut être un but. Est-ce que tu as déjà pensé à un but à donner à ta vie ?

Rachel - Ouais. Ne pas m’emmerder à bosser comme une tarée. Ne pas s’emmerder toute sa vie. Se dépenser pour que mes efforts payent. Ne pas faire la même chose. Progresser.

Moi - Dans quel boulot ?

Rachel - J’en sais rien. Avec du public. Dans un milieu artistique.

Moi - Jouer ? comédienne ?

Rachel - Je voudrais pas rester dans l’ombre. Etre dans la lumière. Que les gens te respectent. Voient tes qualités. Arriver à se démarquer des autres. Avoir du charisme. Quand t’es là, y sentent que t’es là.

Moi - Es-tu attiré par la gloire facile ?

Rachel - Non, je veux bosser pour arriver à quelque chose. Ne pas être connue mais reconnue. Exister. Que ça me plaise. Je peux pas être comme ceux qui se lève à telle heure, qu’ont leurs vacances, qui sont dans la routine.

Moi - Est-ce que tu ne penses pas que le quotidien soit inévitable ?

Rachel - Non.

Moi - Tu as quel âge ?

Rachel - Bientôt quinze ans. T’as une étape obligé du quotidien. Faut une étape pour être stable et après se démarquer. Tu vois tes amis. Tu vois qui t’es. Souvent tu t’aperçois que tes amis te déçoivent. Connaître les personnes qui te suivront.

Moi - Donc les amis sont les personnes nécessaires pour savoir qui tu es.

Rachel - Tous les jours tu rencontres des gens. C’est l’ouverture. En fait quand je suis avec des copains, je suis pas pareil que quand je suis avec ma mère, ou même avec Jo, ou avec toi ( à Marie-aline), et tu sais, tu te dis, mais c’est moi qui aie dit ça tout à l’heure, et qui était différente.

Moi - Est-ce que tu crois en Dieu ?

Rachel - Ouais. Je crois en Manon, le bien et le mal mélangés. Un Dieu qui est bon c’est pas possible, qui pardonne tout, c’est trop dur à comprendre, ça me dépasse. Des fois j’aime bien me faire du mal à moi-même. Sortie, alcool, c’est des choses pas bien mais tu les fais quand même. Ca aide à te découvrir, c’est un moyen de t’affirmer. Le bien, c’est jamais laisser tomber les gens qui comptent. Si quelqu’un me fait du mal, je pourrais jamais lui en vouloir.

Moi - As-tu déjà eu une relation sexuelle ?

Rachel - Non.

Moi - Attends-tu le mariage ?

Rachel - Non. Faut que tu te respectes toi-même. Que tu sois maître de ton corps. Dieu, le pape, y peuvent pas te dire. J’attends que ça en vaille la peine. Rencontrer le gars avec qui t’es vraiment bien. Tu sens le déclic, tu te dis, c’est ça, quoi.

Moi - As-tu peur d’être déçu ?

Rachel - Non, c’est qui l'aurait choisi. J’ai confiance en mon instinct.

Moi - Pourrais-tu formuler ce qui correspond à toi et que les autres ne savent pas, doivent savoir.

Rachel - La réussite professionnelle. Si je réussis pas, Pschuih... (suicide). Mère au foyer, c’est pas moi. Je donnerais priorité à ma vie professionnelle plutôt qu’à ma vie sentimentale. Pas de vie sentimentale sans vie professionnelle, mais pas vice et versa.

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Mercredi 11 mai 2005 3 11 /05 /Mai /2005 00:00

41

Et plus on regardait cette chose inutile qui tournait, et plus on s’endormait. Le mouvement perpétuel hypnotique du cercle lézardé d’hexagones était aussi conceptuel que vain. Seul le mystère du petit trou du kaléidoscope bétonné du parking donnait de l’intérêt à l’œuvre qui une fois son secret découvert brillait par son évidente métaphore. Celle d’une ruche humaine et urbaine que mayllis m’avait à découvrir, cédant à son familier désir de faire partager ses sujets de curiosité. Poussé par cette même curiosité, nous étions partis jusqu’au bout du couloir voir de quoi le Hot Bar de Lyon était fait. Seulement de musique tel que me programme l’annonçait. D’initiés mélomanes étaient concentrés. Réfugiés dans la chaleur du saxe. Emus des aigus de piano et fébriles à la bass tactile. Etreint d’un sentiment d’irréalité, je parcourais de mes restes de personnalité cette soirée d’amitié. Me sentant là, et me sentant nulle part. Mais merci.

Par Terayama - Publié dans : poupées
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