Ce qui se trouve devant vos yeux tend à devenir un pur chef-d’œuvre de la spontanéité. Forgé dans l’authentique à la naturaliste et bien sûr résolument moderne. Pas de chichi ni de chochottes. C’est un journal qui sentira la pollution, la crasse, le carton pourri et l’horloge parlante. Concret jusque dans ses supports les plus immédiats. Sincère jusque dans ses ratures les plus laides. Mal écrit parce qu’écrit dans le métro. Du pur style Armand Terayama, grand investigateur des instants vides que je me plais à bourrer de mes ordonnées dérèglements des sens. Jouissance ultime que je goûte, de pouvoir conquérir ces feuilles blanches de liberté et les ternir de mes noirceurs déséquilibrées. Allelouiah.

Jeudi 19 mai 2005

50

Discussion téléphonique avec Isabelle. Deux mois auparavant.

Isabelle - Je pense qu’il vaut mieux que l’on ne se voit plus. Si ce que tu dis est vrai, que tu es amoureux de moi, bien que je ne pense pas que cela puisse arriver aussi vite, c’est juste une sorte d’enthousiasme, d’attirance très forte, mais je ne pense pas que ce soit de l’amour. Enfin supposons que ce soit vrai, on ne peut pas continuer à se voir, parce qu’il n’y a pas d’égalité entre nous. Quand il y a une des deux personnes qui éprouve des sentiments plus fort que l’autre, il n’y a pas d’égalité et ça ne peut pas marcher. Je comprend pas pourquoi te persistes à essayer d’y croire. C’est un manque d'amour-propre. C’est du masochisme. Tu te complais dans un amour malheureux. Tu te manques de respect à toi-même. La seule solution, c’est qu’on ne se voit plus. Il faut que tu le fasses pour toi. Pour ton propre bien-être. Tu ne penses pas que j'aie raison ?

Armand - Je pense que tu as tort d’avoir raison. Il n’y a rien de plus beau que l’amour. C’est quelque chose de rare. Qui donne de la valeur à la vie. Toi, tu le dénigres. Tu ne crois pas qu’il puisse exister, que je puisse être amoureux de toi. Ca m’énerve de t’entendre dire ça. C’est comme si tu étais insensible. Dure. Un pur esprit.

Isabelle - Mais non, je suis d’accord avec toi. Je trouve aussi que l’amour, c’est beau. Que c’est ce qu’il y a de plus important. Mais,

Armand - Je préfère t’entendre dire ça plutôt que tu te caches derrière un raisonnement. Dans ce cas-là dis-moi carrément que tu n’es pas amoureuse de moi.

Isabelle - Eh bien, non. Voilà. Je ne suis pas amoureuse de toi.

Je préférais qu’elle me dise la vérité, bien que cette vérité me fasse du mal. La consolation de savoir qu’elle croyait dans l’amour était bien maigre face au fait que justement cet amour, elle ne le partageait pas avec moi.

Nous avions donc décidé de ne plus nous voir, envisageant bien évidemment l’éventualité certaine de nous croiser dans les rues de cette petite ville de banlieue où nous habitions tous les deux, n'ayants le cas échéant aucune raison de nous éviter ou de faire mine de s’ignorer.

Après lui avoir dit au revoir, je restais calmé et refroidi vis-à-vis de mes tentatives répétées et maladroites envers les femmes. J’essayais de me diriger vers la définition que trouvais en moi le fameux amour-propre. Je me penchais vers les racines de mon attachement pour Paloma afin de démêler ses relations avec celui pour Isabelle. Comprendre lequel des deux influence l’autre. Lequel est vrai ou pas. Y a-t-il un véritable lien entre ces deux femmes. Toutes les deux constitueraient-elles une sorte d’échappatoire dans lequel je fuis excessivement pour m’y aliéner avec volupté. Je devais apprendre à devenir indépendant, à vivre seul et pour moi. Je le dois toujours. Mais le souvenir d’Isabelle, de sa bouche, de ses yeux intelligents qui savent s’émerveiller, qui regardent de façon nette vers la droite le temps d’une réflexion et qui pourtant ne demande rien à personne. Ses cheveux noirs, son allure fragile et ses vêtements masculins qu’elle porte de manière si féminine. Tout cela venait me rendre visite de temps en temps. Je regardais alentour plus que d’habitude, je surveillais le RER, lieu de notre rencontre parce que depuis une semaine, l’intuition très forte que ce moment où on allait se revoir était pour bientôt, me poursuivait avec insistance et taquinait mon désir.

C’est arrivé hier. A la bibliothèque. Quand je l’ai vu, tout s’est stoppé. J’ai constaté que je ne m’étais pas trompé, que c’était donc vrai. Toute notre histoire passée qui s’était trouvé une conclusion il y a deux mois, cette histoire transformée en souvenirs nostalgiques, était redevenu réalité. Elle a levé les yeux et m’a vu. En une fraction de seconde, tout s’est rappelé à elle. Mon amour interdit, notre accord, la nécessité de la considérer comme une amie. Tout était implicite à présent. Elle m’a sourit. Tout était implicite mais aussitôt oublié. Passé. Seul comptait le plaisir qu’elle pouvait ou non à être avec moi. Seul comptait la vérité de ce qui se manifestait ou non naturellement. L'heure du véritable test était arrivée. De manière spontanée, j’ai eu envie de la revoir et nous nous sommes fixé rendez-vous pour mercredi prochain. Mais qu’on se soit revu ne doit rien changer. Le but est toujours d’être indépendant. De ne pas être aliéné par le manque physique. Juste prendre et goûter le plaisir de partager une relation avec l’autre. Quelle que soit la forme de cette relation. Un simple bonjour, une discussion, un dîner, un film ou une plaque de chocolat.

Maria, il y a encore peu de temps, sortait avec David, un autre Espagnol qu'elle était venue rejoindre à Paris. Je lui disais " à l’époque où tu étais avec David " et elle résumait cette philosophie par " mais je suis toujours avec David ". Elle partage toujours avec lui des bons moments. Leur entente est sincère, fondé et existe donc toujours. " Faire l’amour avec quelqu’un, c’est naturel. C’est la continuité de ce qui existe déjà. " Faire preuve d'amour-propre et d’amour tout court serait ne pas faire une fixation sur la finalité physique d’une relation mais savoir profiter de la relation elle-même.

Après avoir quitté Isabelle hier, j’ai eu envie de me plaire. D’être bien dans mes pompes. Je me suis lavé les cheveux, je me suis rasé. Je me suis habillé avec des fringues dans lesquelles je me suis bien senti.v

Par Terayama - Publié dans : poupées
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 18 mai 2005

49

Je tirais une grande fierté de me sentir exclu par la vie. Dés le départ, rien ne me prédestinais à avoir le droit de vivre. Conception accidentelle, divorce prématuré de mes parents. J’ai grandi avec cette idée d’être à part, maudit, voyant dans cette différence mon salut, mon mérite et ma félicité. Je me suis surtout fais une amie, la solitude. Je me rends compte à présent de l’éloignement dans lequel elle m’a amené. Etre en dehors est une protection contre la douleur. Qu’importe qu’on m’insulte puisque je n’existe pas. Mais c’est aussi une protection contre le bonheur. Je reste insensible aux insultes comme aux déclarations d’amour.

Maria m’est très précieuse. Elle est une amie qui a une importance fondamentale.

« - Mais tu as des personnes que tu aimes et qui t’aiment. »

Cet autre ami que je m’étais fait, le martyr, n’a plus raison d’être. Même mon père se met à m’aimer. Je veux dire par là que je commence à être capable de recevoir même l’amour de mon père. Il ne restait que l’amour manquant d’une fille que je prenais comme prétexte et nourriture de mon malheur.

« - Mais c’est pas ça le vrai amour, me disait Maria. Il ne faut pas être dépendant comme ça. C’est une obsession et ça t’empêche de voir le reste. »

Par Terayama - Publié dans : poupées
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 18 mai 2005

48

Je, soussigné Maria San Miguel, 28 ans, demeurant à Paris-sur-mer, 3 rue des postes, déclare vouloir être moi-même.

 

 

              (M.S.M.)

Par Terayama - Publié dans : poupées
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 17 mai 2005

47

Je me sens proche de la vérité. Comme si la couche épaisse de brouillard s’était estompée et que les contours de ma vie étaient redevenus clairs. Je viens de tomber malade ce week-end. Prés de 40 de fièvre samedi soir. Une nuit de 13 heures de sommeil et depuis je suis en convalescence. Fragile mais apaisé. Confiant. En convalescence de la fièvre comme des troubles passés. Ma situation familiale et la période de crise d’il y a deux semaines, mon amour interplanétaire pour Paloma, mon stress professionnel. Tout est assimilé. Tout est en moi, compris. J’ai enfin pu écrire à Paloma. Après trois mois. Pour lui dire qu’elle était toujours importante pour moi mais que je ne voulais plus être une source de problème ou de perturbation pour elle. Je lui est raconté comment je m’assumais dans mes ambitions artistiques. C’était le but qu’on s’était fixé,  « épanouir toutes les bonnes choses qu’on s’est apporté ». Ce n’est pas comme si j’avais à lui faire un rapport et lui demander si j’avais réussi l’examen d’entrée. Pour une fois je ne cherche pas à prouver quelque chose. Je lui donne de mes nouvelles avec plaisir. Je m’approche petit à petit de cet état où l’on n’agit plus pour trouver la reconnaissance d’autrui, qui que ce soit. C’est peut-être cette forme-là que prend l’égoïsme positif, où tout ce que l’on fait est décidé par soi.
Par Terayama - Publié dans : poupées
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 16 mai 2005

46

S’il y a bien un lieu où je suis chez moi, c’est ma chambre. Si je veux savoir qui je suis, je déblaye mon bureau des accumulations des deux ou trois semaines passées. Je me retrouve à travers chaque petit objet qui porte la trace d’un instant, d’un échange, d’une émotion.

Ticket d’entrée du Hot Club de Lyon. Soirée avec ma cousine Mayllis  et suspens, en descendant ce couloir monastique, après avoir sonné à l’interphone, de savoir s’il s’agit bien d’un club de Jazz ou d’une boite à partouze.

Coupeuse-colleuse Super 8 que j’ai emprunté à mon beau-père et qui va me servir dans la réalisation, avec une jeune fille étudiante en cinéma, à la réalisation d’un film en Super 8 dans lequel je vais pouvoir utiliser la caméra de ma mère. Caméra riche en signification. Ancêtre familiale du cinéma et de la pellicule avec laquelle elle m’a filmé quand j’avais à peine un mois et que je vais réutiliser aujourd’hui pour concrétiser ce désir qui s’est fortifié durant ces 22 années.

Dans les papiers entassés à droite, parmi lesquels certains chapitres du journal pas encore envoyés, il y a un petit papier très précieux, écrit par mon petit frère de 3 ans et la traduction qui l’accompagne.

« Traduction : Tom te dit ce bonbon est pour toi. Gros bisous. Bonne nuit, Armand. »

Il y a aussi une carte à jouer : un as de trèfle qui m’a servi lors d’un poker organisé à Noël passé chez la famille de mon père. Je l’avais mis dans ma poche pour le ressortir au moment propice et gagner plus facilement. La preuve en est que je n’ai pas du en avoir besoin puisqu’il était resté dans ma poche et que je suis parti avec. Depuis plus de deux ans manque dans le jeu de ma grand-mère un as de trèfle qui se prélasse sur mon bureau.

Une fois que tout est réparti assez grossièrement en tas de mêmes natures, papiers courants et courrier, à lire, livres à étudier, à coller dans mon agenda pour laisser une trace, les choses deviennent plus claires dans mon esprit. De nouvelles directions s’imposent d’elle-même. La transition est consumée. La veille d’arme, telle que l’appelait Rimbaud, s’écoule, avant l’entrée en matière. La nouvelle marche à franchir. Non pas le recommencement mais la perpétuelle évolution.

Par Terayama - Publié dans : poupées
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus