Cest aujourdhui que jai vu Isabelle. Elle avait lu le journal jusqu'au chapitre 44 lorsquon sest vu. Ca lui a beaucoup plu. La seule qui ne ca pas selon elle, cest cette obsession masochiste que je porte pour Paloma. Paloma, toi. Elle ma répété ce que Maria mavait dit : « Ce qui crée ton attirance et que tu appelles de lamour, cest quelle est inaccessible. Cest parce que tu ne peux pas lavoir que tu la désires. » Ce que Paloma est devenu en moi sest mythifié par le journal. Au lieu de me rapprocher delle, de sa vérité, je men suis éloigné en la transformant en prétexte à ma vie. Cette mythification par le journal ma enterré dans la complaisance mensongère et ma éloigné du deuil salvateur qui aurait été nécessaire dans une pareille situation. « Il faut regarder la vérité en face. On perd un peu de son amour-propre mais ça permet dévoluer, de franchir des étapes, me disait Isabelle comme dune chose qui lui était familière. Toi tu restes dans une contemplation infantile, cest stérile. »
De mon voyage intérieur, parti à la quête de la guérison de mon âme qui subissait la maladie chronique du mal-être, je suis revenu en sachant tout cela. Tout ce quelle me disait venait davoir pris corps en moi. Dans ce premier retour au monde que jeffectuais à linstant même dans ce café avec toi, jappliquais de manière concrète cette vérité. Je lappliquais avec toi, Isabelle. Cest pour ça que je me suis senti si bien à tes cotés. Je te voyais, comme pour la première fois. Javais plaisir à te voir. Je me sentais capable de ne plus être aveuglé par cette complaisance masochiste.
Isabelle qui, comme tout le monde le sait, est très attiré par les tribulations de linconscient, me disait qu « il doit y avoir une raison inconsciente à ce rapport aux femmes.
- Ce doit être la mère. Toute cette période où jai vécu seul avec ma mère, jai pris lhabitude de la considérer comme ma femme, mais une femme inaccessible. » Doù mon attirance pour les femmes que lon ne peut pas avoir.
Tu le sais, toi aussi, quon a passé un bon moment ensemble. Quon était bien tous les deux. Juste cela. Bien. Cest ce qui compte. La seule chose qui compte. Il y avait de quoi dire sur cette après-midi passée dans le café et quand je tai dit, peu avant quon se quitte, quil y avait de quoi faire un beau chapitre du journal, tu mas dit : « Non. »
je nai compris que quelques instants après que tu avais raison et ce que tu voulais dire par ce non. Ne pas te transformer en Paloma stérile et dénigrer la valeur concrète et palpable de notre relation. Quitter cette conviction que lart est plus important que la vie, quil lui est supérieur. Apprendre à vivre.
Cen est donc fini dIsabelle. Je respecte et me joint à son choix. Ceci est le dernier chapitre où vous entendrez parler dIsabelle.
Pourquoi continuer alors ? Pourquoi parler encore de Paloma, Paloma toi. Pour rétablir la vérité et tenvoyer cette longue lettre de témoignage. Achever cette recherche de Paloma en moi et de moi en Paloma. Pouvoir dire, jai été cela. Qui le sait ? Ceux qui me liront. Qui me linterdit ? Personne.
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