Je me suis retrouvé en face de la mer. La vue était dégagée. Il ny avait plus les murs de Paris, les murs de lendroit où je travaille. Le bruit insistant du métro qui empêche dentendre sa propre voix. Tout sétait écarté, avait disparu. Je me suis retrouvé face à la mer. Belle et généreuse comme ce sentiment qui simposait à lintérieur. Ce sentiment de gâchis, de temps perdu à courir très vite loin de soi. Quelle merde que tout cela. La douleur montait en moi comme ces vagues tourmentées et agitées. Quelle merde. Les vacances, ce nest pas pour oublier quelque temps sa vie, cest se mettre en face delle. Connaître la vraie solitude que lon n'a pas le loisir de côtoyer ou que lon embellit en se persuadant de la trouver confortable. On se crée un cocon fait de mots. On leur trouve une utilité, une fonction en les faisant partager aux autres. Mais cest quand même de la solitude et une vie de merde. Nest-ce pas pathétique que de navoir plus que les mots.
Et puis il y a les autres, qui sont horriblement là. Qui me montre de façon obscène à quel point je ne sais plus parler ni communiquer. Le décalage méloigne de plus en plus et je lutte pour tenter de les rejoindre. Mais ce nest jamais ça. Et toujours cette question angoissante de savoir si un jour jai su ou si jai toujours été ignorant. Aujourdhui plus quavant, il mest difficile de les rejoindre puisque comme la mer me la dit, rien dans ma vie ne me permet dêtre heureux.
Un jour à la fois. Cest ainsi que doit être menée la vie. Chaque jour faire une action , petite ou grande, qui soit constructive et gratifiante. Une action qui permette le soir de sendormir dans la peau de quelquun qui croit en lui. Plus les jours passeront, plus saccumulera cette confiance en soi.
Par Terayama
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Vous savez quoi ! Aujourdhui, jai 18 ans. Et bien je suis pas content ! Ca me fait chier davoir 18 ans ! Pourquoi ? 18 ans, quest-ce que ça veut dire : ETRE RESPONSABLE ! cest tout ce que ça veut dire, ça veut pas dire quon sera plus intelligent ou quoi, comme ça hop, du jour au lendemain. NON ! juste responsable. Mais responsable de quoi ? De soi bien sûr, mais surtout et ça on le dit pas : de la société ! Parce que si tes pas responsable de toi-même, tu fais des conneries et tu nuis à la société. Avant tu nuisais déjà à la société, mais cétait pas de faute. Mais maintenant si ! cest de ta faute parce que tes responsable. Et vous savez, la société, elle est pourrie. Elle est constituée de mecs qui se trahissent eux-mêmes, font chier les autres avec un semblant dautorité pour se donner une consistance. Elle est remplie de mecs qui ont du se résoudre aux désillusions qui les entourent. Et comme tes responsable de la société qui est complètement pourrie, tu dois faire en sorte quelle continue comme ça. Mais au fait, là je dis ça comme si cétait un devoir, mais en fait tas pas le choix. Cest fatal. Tu dois aussi devenir résigné à lidée que tu ne peux pas changer quelque chose. Mais tu ten rends compte quau fil des années. Cest pour ça que le changement ne se fait pas du jour au lendemain et que même à 23-24 ans, tes encore cool. Mais ça commence à 18 ans. Et cest pour ça que jsuis pas heureux davoir 18 ans.
A.T. (écrit à l'âge de 16 ans)
Par Terayama
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Je men souviens maintenant. Il y avait dabord ce texte que javais écrit à lâge de 16 ans et dans lequel tout était dit. Aujourdhui, non seulement je me rends compte à quel point javais raison, mais pire, mes prédictions se réalisent et je suis en train de les subir. Ce texte confirme que lon ne change pas. Quà 16 ans tout est déjà là. Je pressentais que rien de nouveau nallait réellement se passer à part bien sûr cette fameuse évolution vers le modèle adapté, osons le mot intégré . Et cest là que je me suis souvenu. Ayant deviné que cette adaptation était inévitable, javais mis au point comme un plan dattaque ou plus exactement de contre-attaque. Ce plan consistait en une première période dobservation et dexpérience. Période pendant laquelle je ferais leffort de madapter mais uniquement dans le but de savoir ce que cela voulait dire. Quel était le strict minimum demandé, "le minimum syndical " quil fallait fournir pour pouvoir être tranquille et faire ce qui me correspond réellement.
Voilà. Je men suis rappelé. Ca tombe bien parce que justement, je savais plus où jen étais. On est con des fois. On se laisse mourir sans même sen apercevoir.
Par Terayama
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L'échec a sa place dans la ronde.
Il perpétue son apparition dune blessure profonde.
La blessure, au fur et à mesure des cicatrisations, se fait de moins en moins profonde parce quon prend lhabitude de se préserver des naufrages. Mais la sensation den avoir marre de vivre à moitié, de vivre par compensation, est bien là. Cette sensation qui nous revient lors de certaines occasions lorsque par exemple lidée nous vient dappeler Paloma. Quelque chose me disait quil ne fallait pas le faire mais une voix, plus rationnelle, une voix tentée par lidée en elle-même, une voix kitsch dans le sens où lentendait Kundera, qui voudrait rendre les choses plus belles quelles ne le sont, qui sinvente une histoire quil voudrait vraie, qui vit par procuration de cette histoire qui nest que littéraire, voilà la voix qui a pris le contrôle et le téléphone. Voilà la voix qui a parlé à Paloma. Quel manque de respect. Quel pathétisme. Tout était absent. Plus de vie. Plus personne. Plus damour ? Comment ai-je pu permettre que pendant cette demi-heure de discussion, Paloma et moi soient aussi loin lun de lautre. Lequel était le plus loin de lautre, ou plutôt le plus loin de lui-même ? Nous étions tellement loin de ce que nous avons été ensemble.
Comme toujours face à Paloma, je me suis retrouvé en face de moi-même et là je nétais rien. Je nai rien vu. Ma personnalité sétait évanouie. Tout ce qui fait ma personne aujourdhui nest quune construction artificielle. Je suis une poupée urbaine dont je façonne moi-même la vie, le visage et les vêtements et dont je tire moi-même les ficelles au service didées de vie recrées artificiellement. Rien ne mappartient réellement. Malgré léchec de cette conversation menée bon han mal han sans réel enthousiasme ni partage, il nest ressorti quune seule chose positive. Si jai été mis ainsi face à la vérité, cest bien que Paloma est Paloma. Paloma, celle. De même quil a été montré aussi que je nen nétais pas digne et quil est donc normal quelle ne ressente pas de véritable amour pour moi. Même si pendant cinq minutes, je men souviens bien, lors de son voyage à Paris, jen ai eu la certitude.
Mais mon calvaire nest pas fini. Je nen suis pas quitte pour autant. Il va falloir que je reparte à la recherche de ma vraie dignité dhomme pour pouvoir sans honte avoir le droit de me présenter face à elle, au moment où nous nous reverrons. Car la nouvelle principale quelle ma annoncé est quelle allait venir à Paris au mois daoût pour y vivre pendant un an. Il faut dici là que jai consommé mon mensonge, ma trahison, c'est-à-dire fini ce journal, cette bouffonnerie pour affronter la vérité.
Par Terayama
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Je lai retrouvé, ce moment éphémère où lon sait que ça vaut la peine.
Vous savez ce fameux moment que lon garde en mémoire, difficilement la plupart du temps, et dont on se souvient comme garde-fou dans les périodes de bourrasque où lon essaie à grande peine de se redonner du courage en se disant que plus tard, ce moment reviendra, puisquil a déjà existé.
Je lai connu à nouveau le temps où ce moment revient. Ce moment si précieux où lon se dit que ça vaut la peine. Ne parlons que de lui et oublions la bourrasque.
Il avait pour nom lamitié. Lamitié qui se construit, fruit dune volonté et dun effort. Lamitié exigeante qui redonne avec générosité tout lamour et lattention que petit à petit vous lui avez apporté.
Juste de lamitié. Juste de lamour. Cest de cela dont lhomme a besoin pour nourrir son bonheur. Le reste nest que divertissement entre les deux pour mieux les apprécier quand on y revient. De lamour et de la musique. Juste un peu de musique pour nous laver des taches répandues malgré nous sur notre foi dans lhomme par ces petites laideurs rencontrées dans la journée.
Lépuration par le piano et un nombril pour le dodo.
Par Terayama
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